Une méthode interchangeable

 

La méthode de travail est interchangeable dans les faits, ainsi qu’une définition/méthode issue du grand jeu de Claude Rutault. Les créations de Dominique Lacoudre — sculpture, peinture, dessin, litho —, déplacent et replacent le contenu de ses expositions sur d’autres combinaisons. Chaque œuvre, véritable brique de Lego, est tenue par un tenon nouveau, elle trouve sa mortaise cramponnée en “ nous ” dans le “ je ” de l’expo.

 

Un “ je ” mordant pour un autre enjeu

 

“ On ose demander à moi qui ai un chien, un chat, une tortue, deux enfants, une femme et plusieurs belles-mères, si j’aime les animaux ”, plaisantait Yvan Audouard. Avec comme titre à son catalogue énerver son chien, pour le faire piquer, Dominique Lacoudre, pince-sans-rire, s’expose à son tour à la vindicte animalière. Il l’aura bien cherché, dites ! Sans avoir peut-être tant d’entourages, l’artiste affiche ce titre énervant, mais au moins qu’on retient durablement. De chien, l’artiste en a un, un tout petit qui n’a rien d’un monstre assoiffé de sang (se méfier tout de même). Tous les deux visionnent le Dictateur, premier film parlant de Charlie Chaplin conçu à la fin des années trente, et dont la puissance de feu consistait à tourner en ridicule les canons visés : Hitler et Mussolini, la guerre et la quête du pouvoir.

 


Dominique Lacoudre se pose comme “ nousAutre ”, c’est-à-dire madame et monsieur Tout-le-Monde, personnage contestataire enfoncé dans son fauteuil, vissé devant l’écran. Comme ces modèles simplifiés affichant des banderoles, le propos est frondeur sans vouloir fronder pour autant, revendiquant moins une posture dure qu’il ne se moque de l’imposture d’un “ je ” asocial à genoux face au “ nous ” de l’intérêt général. Bref, c’est un “ je ” mordant, qui au milieu de “ nous ” déchire suavement la chair du “ je ” de l’os du “ e ” pour croquer le monde d’un
autre enjeu.

Frédéric Bouglé est critique d’art, membre de l’AICA